Flotte d'Otahiti assemblée à Oparee,
grandes pirogues doubles de guerre assemblées à Arue, Tahiti. Gravure d'après une oeuvre originale de W.Hodges de 1776. Planche 34, Atlas de Cook.MTI 82.9.3.5
Pirogue double des îles Po Motou
dessin, plan et coupe d'une pirogue double des Tuamotu. Gravure d'après le dessin original de F.E.Pâris, planche 129, Musée national de la Marine.
Bora-Bora pirogue à voile,
début du XXème siècle. Archives de la Polynésie française
Ouvrage collectif, sous la direction de Tara Hiquily, co-édité par le Musée de Tahiti et des îles et les Editions au Vent des îles, collection Culture Pacifique, Tahiti Publication réalisée à l'occasion de l'exposition du même nom au Musée de Tahiti et des îles de juillet 2004 à janvier 2005. Environ 200p. Prix 31,23 euros soit 3950 xf site internet Auventdesiles.pf
Appelée Va'a, Vaka, Wa'a... la pirogue à balancier est présente dans toutes les aires culturelles et linguistiques d'origine austronésienne. Elle a été l'instrument de ces extraordinaires migrations qui amenèrent des hommes et des femmes, il y a 5 000 à 7 000 ans, quitter l'Asie du Sud-Est pour peupler, au cours des siècles, les innombrables îles de l'Océan Pacifique.
De nombreuses fouilles archéologiques, menées en Polynésie française, ont permis de mettre au jour des vestiges de pirogues. Ceux de Huahine furent retrouvés dans les sols chaux et humides du milieu tropical, et datent de plus de 1000 ans. À 'Ana'a, dans l'archipel des Tuamotu, on a retrouvé des fragments d'une pirogue double de voyage plus de 13m. Pirogue simple à balancier avec ou sans voile pour la pêche, pirogue double à pagaie pour la guerre, pirogue double à voile pour les grands déplacements... nombreux sont les types de pirogue, qui témoignent de la richesse de construction marine en Océanie.
Navigateurs d'exception, les Polynésiens sont les premiers à avoir couvert d'aussi longues distances sur des embarcations conçues uniquement en matière végétale et sans instrument de navigation. Prouesse d'autant plus grande que plus on va vers l'Est, plus les distances sont longues et les îles petites. Leurs connaissances étaient fondées sur la transmission des savoirs et sur une incroyable maîtrise de l'environnement maritime. L'interprétation des signes naturels comme les étoiles, le soleil, la lune, la houle, la couleur des nuages, les vols d'oiseaux, la présence de certains poissons leur permettaient de tracer leur route. L'initiation commençait dès le plus jeune âge par des jeux pratiqués sur l'eau ou dans les airs, comme les modèles réduits de pirogue ou le cerf-volant.
La pirogue océanienne repose sur une même conception d'architecture navale : une coque étroite couplée à un flotteur. Un principe que les Occidentaux ont repris pour construire les bateaux les plus rapides du monde : les catamarans. Issue d'un travail communautaire, la pirogue était le fruit d'un long processus. Les outils étaient alors en pierre, en coquillage et en bois. L'herminette était l'outil indispensable à la coupe et à l'évidemment des troncs. Pour former la coque, des planches de bordé étaient " cousues " par un système de liens de fibres de bourre de coco, passées dans des trous préalablement percés. La construction respectait des rites et des coutumes, et une hiérarchie sociale dans l'attribution des tâches.
Au fil du temps, la pirogue est aussi devenue un moyen de se mesurer sportivement. À Tahiti, les premiers Européens avaient déjà pu admirer les grandes revues navales durant lesquelles de grandes pirogues richement décorées rivalisaient entre elles dans le lagon. Plus tard, les autorités françaises organisèrent de nombreuses fêtes commémoratives avec des épreuves de course de pirogue à voile, de pirogues doubles ou de pirogues simples à trois rameurs. À partir des années 1950, le va'a devient une vraie discipline sportive avec des pirogues taillées spécialement pour la course. Aujourd'hui, la pirogue de sport bénéficie des matières de hautes technologie avec les résines polyester et les carbones ultralégers. Il ne lui reste plus qu'à devenir une nouvelle discipline Olympique.