Dans les yeux de... Nadia Nakhlé

Rencontre et déambulation au cœur des collections

Contenu

Dans cette série, nous invitons plusieurs artistes à découvrir nos collections, sous l’œil expert d’un professionnel du musée. Ici, Hana Chidiac, Responsable des collections Afrique du nord et Proche-Orient, a accompagné l'auteure Nadia Nakhlé dans sa découverte des œuvres de la région.

Auteure dessinatrice et réalisatrice, Nadia Nakhlé écrit, dessine et met en scène des projets poétiques et engagés, associant différents langages artistiques – écriture, poésie, arts visuels, cinéma d'animation, théâtre et musique. En parallèle, elle expose son travail en tant qu'artiste en France et à l'étranger.

Accueillie en décembre 2020 au salon de lecture Jacques Kerchache pour parler de son roman graphique "Les Oiseaux ne se retournent pas", nous l’avons retrouvée quelques semaines plus tard, en compagnie d’Hana Chidiac, Responsable des collections Afrique du nord et Proche-Orient, pour une déambulation au cœur des collections d’Afrique du Nord et du Proche-Orient. L’occasion pour la jeune auteure de nous livrer son regard d’artiste sur les collections du musée.

RENCONTRE

Quelle est votre relation au musée du quai Branly ?

J’ai visité plusieurs fois le musée. Je l’associe à la diversité des cultures, des pays et des continents.
C’est pour moi un lieu où l’on peut découvrir des œuvres et des objets qui nous sont à la fois très lointains mais qui nous permettent de nous plonger dans le quotidien d’hommes et de femmes du monde entier.

Nous venons de voir les collections du Proche-Orient en compagnie d'Hana Chidiac : on y voit le quotidien de femmes au fil des siècles, à travers des objets qui n’ont pas forcément vocation à être exposés dans un musée. C’est magique de se projeter et d’imaginer leur vie, leurs habitudes, d’imaginer ces femmes jordaniennes porter ces robes gigantesques (ndlr : Nadia parle des robes de fêtes de Jordanie ci-dessous, et présentées ici).

 

Quelles œuvres vous ont particulièrement touchée lors de cette visite ?

J’évoquais justement les robes de Jordanie : celles-ci sont tout simplement impressionnantes. Au-delà de leur taille, elles m’ont émue car elles me rappellent l’un de mes pays d’origine. J’ai été étonnée de voir que les broderies et motifs que l’on peut observer sur ces robes se retrouvent encore aujourd’hui sur certains textiles de la région.

Par ailleurs, les tentures d’Iran (ndlr : les Qalamkar exposés depuis l’été 2020 sur le Plateau des collections) m’ont particulièrement touchée. Elles trouvent un réel écho dans le travail graphique que j’ai développé dans mon récit "Les Oiseaux ne se retournent pas", que ce soit dans les oiseaux ou dans les motifs qui y sont représentés, mais aussi dans le travail calligraphique qui y est associé.

  • cliquer sur les images pour en savoir plus
Tenture, Iran, Ispahan, Fin du 19e - début du 20e siècle
Tenture, Iran, Ispahan, Fin du 19e - début du 20e siècle
Tenture, Iran, Ispahan, 19e siècle
 

Aviez-vous fait des recherches particulières sur ces motifs ?

Oui tout à fait. Je me suis inspirée du "Cantique (ou Conférence) des oiseaux" (ndlr : un recueil de poèmes médiévaux en langue persane publié par le poète soufi persan Farid al-Din Attar en 1177, et dont s’inspire Nadia Nakhlé pour son roman graphique).

Ce recueil est illustré par de nombreuses miniatures, ornementations et enluminures persanes représentant ces oiseaux partis à la recherche de leur roi ou de leur reine, le ou la Simorgh. J’ai été frappée par leurs couleurs et par leur richesse graphique. Des motifs que j’ai pu retrouver sur certaines des œuvres exposées sur le Plateau des collections, que ce soit sur les carreaux de céramique de l’époque Qajar (cf. ci-contre) ou sur les tentures. C’est magnifique. N’étant jamais allée en Iran, je n’avais jamais eu l’occasion de voir de telles œuvres.

Les estampes japonaises, et notamment le travail de Itō Jakuchū et ses représentations d’oiseaux, sont une autre source d’inspiration. C’est intéressant de voir que certains motifs sont présents en Asie et au Moyen-Orient.

Finalement, c’est l’Orient au sens large qui a guidé mon trait.

  • cliquer sur les images pour en savoir plus
Carreau de revêtement en céramique représentant un cavalier tendant un fruit à un simurgh, Téhéran, Iran. Vers 1865-1888
Carreau de revêtement illustrant le "Livre des Merveilles" de Qazwini, Téhéran, Iran. 19e siècle
Carreau de revêtement en céramique mettant en scène courtisans et courtisanes, Téhéran, Iran. Vers 1880-1900
 

Une partie de votre travail consiste à mettre en avant l’art traditionnel oriental (contes, dessin, poésie, musique…). Quel.le.s. auteur.e.s aimez-vous tout particulièrement ?

Je me suis plongée dans l’univers de la poésie orientale pour l’écriture du roman graphique. Des poètes comme Andrée Chedid, Mahmoud Darwich ou Khalil Gibran m’ont énormément influencée. Sans oublier Rûmî évidemment. Ces auteurs et autrices m’ont nourrie dans leur manière d’écrire sur l’Orient, et dans leur façon imagée et poétique de manier leur plume. Chaque page de chapitre est d’ailleurs ponctuée d’une citation.

Pour terminer sur votre roman graphique, nous ne savons jamais de quel pays sont originaires les différents personnages…

"Les Oiseaux ne se retournent pas" c’est la volonté de raconter l’exil du point de vue de l’enfant qui fuit la guerre, mais c’était aussi la transmission d’une mémoire liée à l’histoire de mon père et de l’ensemble de ma famille qui a vécu plusieurs exils. C’était une manière pour moi de renforcer la symbolique de l’exil et de la guerre plutôt que d’axer mon propos sur la notion de frontière.